
24° sur la clim : la voie de la raison
Au Riad Mumtaz, quand on prépare l’arrivée de nos voyageurs, le réglage des climatiseurs est devenu un point du cahier des charges avec une importance XXL. Je laisse volontiers aux grands défenseurs de la planète le soin d’expliquer l’impact écologique d’une clim bien réglée. Moi, je veux revenir à quelque chose de plus simple, plus basique, plus universel : la logique.
La logique, c’est ce truc discret qui te fait mettre ta djellaba dans le bon sens, sinon tu n’es pas à l’aise. Celle qui t’empêche de chausser un dromadaire en Nike parce que, clairement, ce n’est pas étudié pour. Et parfois, cette logique disparaît… comme quand tu traverses l’Erg Chebbi à pied et que tu t’enfiles au retour une bouteille d’eau en un temps record.
À ce moment-là, la sagesse n’est pas rentrée à la maison avec toi. Elle est encore en plein désert. Résultat : indigestion express, et un hommage un peu trop appuyé à un des sept péchés capitaux : l'envie. Ton organisme, lui, est toujours en carence. Tu attaques une deuxième bouteille, puis une troisième… mais ça ne marche pas. Parce que ton corps n’a pas besoin d’un torrent, il a besoin de temps. Du temps pour redescendre en température, du temps pour assimiler l’H₂O que tu viens de lui envoyer comme une pluie diluvienne.
Pour la clim, c’est exactement pareil.
Tu arrives de l’aéroport, il fait chaud, surtout en ce moment, et ton premier réflexe, c’est d’attraper la télécommande et d’écraser le bouton “–” jusqu’à ce que le chiffre refuse de descendre plus. 16°. Le Graal. Le fantasme. Le mirage.
Toutes les télécommandes subissent le même sort, ce qui m’amène à une vérité simple :
Dans un riad traditionnel, tu n’atteindras jamais 16°. Jamais.
Le principe même d’un riad repose sur son patio ouvert vers le ciel. L’isolation ? Presque inexistante. La médina ? Un four solaire. La structure ? Ancienne, vivante, respirante, mais une passoire en terme hermétique.
Résultat : tu peux régler ta clim à 16°, elle n’y arrivera pas. Pire : tu vas faire cavaler les moteurs à fond, en continu, pour tenter d’atteindre une température impossible. Consommation électrique qui explose, clim qui souffre, et confort… qui te laisse sur ta soif.
Et comme si ça ne suffisait pas, vient s'ajouter les problèmes de tension électriques dans la médina de Marrakech évoqués dans un précédent billet. Une demande massive et soudaine peut provoquer un court-circuit dans ton tableau, incapable de gérer une énergie que la Radeema (notre EDF local) ne fournit pas aux maisons individuelles.
Éteindre quand on sort : les mécaniques modernes ne mettent pas plus de 5 à 10 mn pour refroidir les volumes équivalents à celui des chambres, laisser la machine tourner en ton absence ne sert à rien, car de nos jours la technique Inverter régule les consommations à l'allumage. C'est beau ce modernisme...
Alors, pourquoi 24° ?
Parce que c’est la voie de la raison. La température où la clim travaille bien, sans s’épuiser. La température où la maison reste agréable, sans se battre contre sa propre architecture. La température où l’on consomme juste ce qu’il faut, sans faire transpirer la planète pour rien.
La bonne gestion des températures dépend de chacun de nos visiteurs. D’un petit moment de conscience. D’un geste simple, logique, qui optimise l’ambiance du riad tout en offrant, à son niveau, un petit souffle de répit à notre belle planète.
Merci pour elle et bon séjour !
Emmanuel